La musique


 
Entretiens avec Krzysztof Zarzecki
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S.C. ... la musique ne peut pas exister dans le vide, même un vide ésotérique. Elle vit, elle respire, elle interagit avec le monde qui l'entoure. Et le monde l'écoute...on l'aime, on la déteste - on ne peut pas en être indifférent ! Pour moi donc, composer, l'acte d'écrire la musique, est enraciné dans le pays et les gens qui m'entourent, soit ici, maintenant, soit dans mon passé. Je n'aurais jamais pu concevoir la musique que j'écris si j'avais seulement lu des livres ou des articles sur le lac Simcoe, le lac au bord duquel j'habite, sans en faire une expérience réelle. Et bien sûr, il y a également mon héritage européen qui continue à modeler mon language musical.

K.Z. Je vous connaissais auparavant comme Steeve SRAWLEY. Maintenant vous signez vos oeuvres Steeve CHWOJKO. Pourquoi ?

S.C. Avez-vous entendu parler d'une certaine Mme. Wieck ? C'était une compositrice du dix-neuvième siècle qui écrivait sous le nom de « Schumann ». Pourquoi est-ce qu'elle a fait cela ? Parce qu'elle s'est mariée avec Robert ! Moi, j'adore la tradition, et aussi je la déteste. Je me suis marié avec une fille polonaise appelée « Chwojko », et la tradition veut que l'on prenne tout les deux le même nom (ça je trouve bien). La tradition dit aussi que ça doit être elle qui prend mon nom parce qu'elle m'appartient maintenant. Alors, j'ai pris son nom...

K.Z. Quand j'écris une histoire j'entend les mots dans ma tête avant de les voir sur la page. Comment pouvez-vous écrire des notes sur la page avant de les entendre jouées par un orchestre ?

S.C. La musique est une langue. Avant de parler cette langue vous l'apprenez en écoutant, en comprennant ce que disent les autres compositeurs. Vous le faites dès la naissance. Au moment où vous vous lancez dans la composition, bien sûr votre musique ressemble à celle que vous avez entendue. Mais bientôt vous avez des idées originales, et vous « entendez » ces idées jouées par exemple par une flûte, un tuba et un alto. Pourquoi ces instruments ? Parce que c'est ça le son qui vous trotte dans le cerveau. Quand vous écrivez une histoire, vous faites pareil ! Un personnage siffle d'une voix sourde, tandis qu'un autre hésite, pas sûr de lui. L'analogie est exacte. Pour en répondre à votre question: l'orchestre joue dans ma tête. Je ne fais que transcrire la musique qui est en moi.

K.Z. Vous avez un ordinateur portable. Est-ce que vous l'utilisez pour composer directement à l'écran ?

S.C. Au début j'avais un préjugé contre l'usage de l'ordinateur dans n'importe quelle étape de la musique. Il n'a pas d'âme ! Puis un jour...je me rappelle que j'avais oublié une mesure au milieu de la copie finale d'une pièce, et je me suis rendu compte que le papier musique et le bout de crayon n'avaient eux non plus pas d'âme, n'empêche que je les utilisais pour composer. Alors j'ai commencé à utiliser l'ordinateur pour écrire la copie au propre. Bientôt, je me suis dit que l'ordinateur est tout simplement une autre forme de papier et crayon - et une forme beaucoup plus commode, parce qu'il assure les tâches « ménagères » de la composition: aligner les notes, ajouter une mesure au milieu d'une phrase, prendre une partie pour la donner à un autre instrument, et ainsi de suite. Sa limitation, et c'est une limitation importante, est sa capacité de reproduire sous forme sonore les notes écrites. Utiliser l'ordinateur pour écouter ce que l'on écrit est une grande erreur. Pourquoi ? Je reviens à ce que j'ai dit tout à l'heure - l'ordinateur n'a pas d'âme. Il traduit votre « A4-blanche-piano-à-mm.69-jouée-par-le-hautbois » en un « moins-20-décibel-une-seconde-virgule-sept-trois-neuf-onde-carré-rapport-cyclique-soixante-pourcent ». Vous n'écouterez ça les larmes aux yeux que si vous mangez en même temps un oignon. De plus, translater une partition d'une quarantaine de portées sous forme sonore dépasse les capacités mémoires de quasiment tous les ordinateurs domestiques, ce qui donne un résultât extrêmement déformé. L'ordinateur est un outil de travail très commode pour la composition, du moment où vous n'essayez pas d'écouter ce que vous écrivez. Il faut être comme Beethoven; il faut être sourd en écrivant. Écoutez plutôt les sons de votre âme, puisque il est bien possible que vous en ayez une !